Humains du Plateau

Quatre vilaines tours de béton sont mon point de départ. Si je lève les yeux vers leur sommet, la perspective est dépourvue d’ambiance. En tons de gris métropolitains. Nous sommes du côté ouest du Plateau, là où les gens parlent autant anglais que français. Ici le vacarme des ambulances donne envie de sortir dans la rue et de ne pas perdre de temps. Foncer dans la ville, vivre. Sait-on jamais.

Peu de contemplation. Le décor est maussade. Mais les habitants sont tenaces. Ils forment une communauté, s’entraident, créent des projets. Par ailleurs, prime additionnelle, le maire Ferrandez ne joue pas trop dans le décor.

C’est un quartier qui rêve. Surtout de verdure.

Dans les ruelles, les voisins plantent des vivaces qui seront plus tard piétinées par des autochtones trop saouls pour aller s’étendre sur le Mont-Royal. C’est un ghetto d’étudiants, résidents temporaires, qui électrisent l’Avenue du Parc durant les premières semaines de Septembre de milliers de taches colorées. Tels des poissons néons zigzaguant ivres, libres et téméraires à travers leurs initiations. Eux aussi rêvent.

Il y a cinquante ans Martin Luther King hurlait en plein face des américains et aux oreilles de ceux qui voulaient bien l’entendre, I have a dream. En 2013 ma ville s’imagine comment? Fracturée, corrompue?

Hurlons nos réponses.

Nos espoirs.

Je suis devenue très jeune, rêveuse. En 1980 exactement. Estomaquée devant l’importance que mes parents accordaient aux ambitions d’un fumeur compulsif nommé René. On me transmettait le droit d’espérer, de voir grandiose. De sauter dans l’aventure onirique. La tête légère dans les nuages.

Et j’ai des illuminations.

Je vois une ville bourrée de bonheurs, des citoyens bâtisseurs, unis, fiers. Je me dessine en mairesse ou mère de cette ville aimée, œuvrant surtout à organiser de grandes fêtes. Je pense aux artistes qu’il faudra vous présenter, aux rues qui méritent notre soutien illimité, aux parcs à défendre, à la multiplicité des rêveurs qui m’entourent.

À ces humains du plateau, si magnifiques.

Michèle Sénécal

Michèle Sénécal V2

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