Montréal mouillé

Je suis une fille d’espace.

Pas du type lunatique, ni centrée sur le cosmos. L’accumulation de particules qui se réunissent afin de créer une image rayonnante dans un télescope, ça ne m’impressionne pas. Savoir qui a enfanté le gigantesque tableau encore moins.

Mais l’immensité m’appelle.

Celle sous mes pieds. Surtout lorsqu’il pleut. Le gazon qui crisse sous mes bottes, ça m’émeut. L’étendue vaste à découvrir, le bois humide, les rigoles temporaires, la brume bleuâtre, les visages croisés sous des parapluies, qui apparaissent plus calmes, plus reposés, j’adore. Les jours où Montréal ruisselle, je boude les plaisirs citadins, je redeviens terrienne. Je possède le parc Jeanne-Mance, la Montagne et tout le vert qui s’étale jusqu’au coin des rues Rachel et Papineau. Là, des allées d’arbres feuillus me courtisent et abaissent poliment leurs branches alourdies pour me saluer. Je laisse mes empreintes sur des sentiers de gravier, écrase des herbages fanés et me tiens en équilibre sur des roches moussues. La liberté glisse sur mon imper.

Il y a de l’eau, du vent, des sons liquides. Mes cheveux frisent. Une tapisserie de végétation me montre l’envers de la ville et c’est beau. Juteux et imbibé de vitalité.

Je ne suis pas la seule à aimer la pluie.

J’entends malgré la cascade de gouttes qui tombent, les souffles enthousiastes des coureurs sur le Mont-Royal. Leurs pas qui font des bruits de succion répétitifs alors que bouillonnent leurs cœurs. Je vois des flaques d’eau envahies par des gamins aux sourires larges comme des panoramas, des chiens empressés à dévorer le paysage, des regards inspirés qui découvrent la saturation des choses, des cyclistes qui effleurent l’asphalte. Un peu dangereusement. Mais le temps est lourd, couvert, il offre un cocon aux blessures.

Au beau milieu du parc Lafontaine, je croise une jeune femme timide. Des yeux noirs, une frimousse encadrée de soie. Je devine qu’elle frise aussi. Nous échangeons un sourire. Nous avons tant d’espaces à partager.

Michèle Sénécal

Michèle Sénécal V2

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