Portrait de Stéphane

Stéphane, résident du plateau Mont-Royal depuis plus de 17 ans.

Croisé au parc Jeanne-Mance, mais entrevu souvent au carré St-Louis en compagnie d’un oiseau ou d’un autre.

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Stéphane photo

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Ma rencontre avec Stéphane était inévitable. Le gaillard prend soin d’une peuplade de volatiles.

Moineau blessé, tandem d’inséparables ou cacatoès à huppe jaune, les plumages sont dorlotés. Comblés. Nourris à la pipette si l’appétit est absent. Promenés au parc si le climat réchauffe adéquatement leurs panaches bariolés. Et admirés par les badauds du quartier. Qui rêvent subitement de virées exotiques. Moi, la première.

J’ai un attrait irrésistible pour les bêtes à plumes.

Celles qui s’envolent sans nous prévenir. Les libres. Me loger la tête dans un oreiller de duvet provoque un pincement malencontreux dans ma poitrine. Une petite gêne. Un court abattement causé par le souvenir d’Ivoire, la tourterelle triste qui fit office de réveil matin lors de mes années d’études.

C’est donc l’imagination exaltée au point de presque m’envoler dans les airs, que j’ai accroché Stéphane pour ce premier portrait sur rue. Ou dans le parc, selon l’enchaînement de mes pas.

Le vent malmenant déjà ma coiffure ébouriffée, aucun oiseau n’assista à notre entretien, où Stéphane me confia travailler aux soins psychiatriques dans un hôpital de Montréal. En plus de collectionner les oiseaux.

Adieu la banalité!

Un généreux et singulier personnage, pigmenté d’un flamboiement rare, qui les soirs de pleine lune, rentre au boulot chargé de sacs de croustilles. Pour calmer les patients excités par les effets lunaires. Il leur offre une dose de joie et le calme se fait aussitôt.

Nul doute que des ailes peuvent me pousser avec volupté dans le dos, maintenant que j’ose capturer un brin de sa personne avec ma cage à images.

Michèle Sénécal

Michèle Sénécal V2

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