Dora ou le moral branlant de Cate Blanchett

Dora

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Je vous l’avoue mon passe-temps préféré c’est de me faire raconter des histoires. Des salées et croustillantes, des émouvantes, des regrettables et souvent à l’eau de rose. Ou d’en inventer. Jamais des ennuyantes. Si par hasard, bonheur ou malheur (tout est relatif selon les oreilles qui écoutent) vous me confiez vos déboires et enivrements personnels, soyez certains que dans les instants qui suivent, un feuilleton plein de rebondissements se dénouera dans ma tête. Puis sans gêne, je me concocterai des versions à mon goût.

Heureusement…

Le cinéma existe. Sinon, tout le monde m’esquiverait.

Quoi de mieux qu’une heure et demie de péripéties cinématographiques jouées par des protagonistes ficelés de chimères pour déclencher l’imagination.

Ça m’amène à vous jaser brièvement du dernier film de Woody Allen. Le meilleur depuis l’autre meilleur. Il faut le voir, surtout pour Cate Blanchett. Elle met du feu, de la fièvre et des froncements de sourcils qui imposent une suite à ses tribulations misérables. Que sera devenue cette Jasmine ravagée dans vingt ans?

Je suis tombée nez à nez avec ma version ultérieure du personnage à la sortie du cinéma

Le cerveau ça va loin quand ça se met à échafauder des drames.

Elle est toujours gracieuse, immensément expressive, elle dépeint sa vie avec emphase et tout porte à croire que des soubresauts du passé ont déposé de lourds nuages sur ses paupières. Elle équilibre son moral avec une panoplie d’accessoires lumineux. S’accroche un sourire inépuisable au visage, prend les passants en photo, bat des cils. Elle sent la bohème et la fantaisie.

Voici Dora. Approchée sur l’avenue du Parc.

Elle porte sur son dos autant d’étoffes qu’un rideau de cinéma.

Elle reste là, imperturbable. Pose. Le regard embué.

Woody lui ferait une crise de nerfs.

Michèle Sénécal

Michèle Sénécal V2

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