Le bon, la brute et le truand

LE NOUVEAU WESTERN

Western spaghetti. Le mot est lâché! La formule fait image. Déjà on se bidonne. Est-ce possible que le western, film de genre typiquement étatsunien, puisse être revu et corrigé par des artistes, artisans, acteurs, scénaristes et réalisateurs italiens? Que savent-ils ces zigotos de la Conquête de l’Ouest? Des déserts à perte de vue? Des guerres contre les indiens? Des chasseurs de primes, des shérifs et des lonesomes cow-boys?

Dans les années 60, chez nos voisins du sud, le genre ne fait plus recette. Et voilà que ces ploucs d’italiens débarquent sur les écrans avec des gueules d’affreux, sales et méchants jouant les nouveaux hors-la-lois en cinémascope. On aura tout vu!  Et pourtant, grâce à eux, le western ne sera plus jamais pareil. Les bons et les méchants, c’est terminé. La glorieuse histoire étatsunienne de la dernière frontière qui en appelle une autre, puis une autre, et une autre, c’est terminée. Une forme de rêve américain a cessé d’être.

Contrairement au western d’origine, le western spaghetti, et son maître incontesté Sergio Leone, vise l’universel. Dans Le Bon, la brute et le truand l’action se déroule en Amérique. Elle aurait pu se dérouler ailleurs. Dans les steppes de Mongolie, le bush australien ou encore dans la pampa argentine. Le lieu, ici, est totalement accessoire. Tout comme le temps auquel ces films font références. En d’autres termes, ce pays de cow-boys a été réduit à une pure convention théâtrale. Le « nous » étatsunien vole en éclats et laisse place à l’homme moderne. L’homme seul. Farouchement individuel. C’est le « je » auquel chacun de nous peut s’identifier. Le jeu du je. Avec l’humour en prime. Et avec Morricone au générique, l’assurance de thèmes musicaux qui font mouche. Dans ces films d’aventure, la règle est simple: l’homme vit et périt par le colt. Quel que soit son rang, chaque personnage à intérêt à savoir tirer plus vite que son ombre. En toute circonstance. Malheur à celui qui a choisi la vie sans revolver. Cet homme non seulement est seul, mais il est nu. Effroyablement nu. Le bestiaire de ces antis-héros nous est montré sans fard. Dans ce nouveau western, la violence, le sexe et l’argent règnent en maître. Une sainte-trinité que n’aurait pas renié le vieux Will.

Christian Dupuy

LE BON LA BRUTE ET LE TRUAND

___

Le bon, la brute et le truand

(1966) – 2 h 37 m

Sergio Leone

◊ ◊

Trame sonore

Non disponible pour l’instant

Publicités
Cet article a été publié dans Cinéma sur la toile. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le bon, la brute et le truand

  1. C’est drôle ce commentaire au « je; » il semble évoqué le « yo » latin, tout l’opposé de la bulle germanique – la fameuse espace vital des uns et des autres. En plus d’être un puissant rappel de l’hostilité américaine dans la conquête de l’Ouest, le Western a contribuer à sensibiliser la population aux atrocités de la guerre du Viet-Nam. Merci de nous avoir offert cette belle lecture. Daniel Quimper.

Les commentaires sont fermés.