Complications sentimentales

L’amourette était difficile. Depuis une semaine, j’écœurais mes proches avec l’histoire du bonhomme. Il revenait à l’attaque avec ses mots, ses phrases, ses images époustouflantes, après des années d’abandon. Un coup de foudre répétitif. Je ne voyais que son talent, ne parlais que de ça et me réveillais la nuit pour le dévorer.

Un maudit livre de 468 pages. Dont les 150 premières, m’avaient conduite vers l’ivresse du bonheur. Mais au beau milieu de notre relation, je ne savais plus trop. Je comptais terminer sa lecture dans l’espoir de le ranger ensuite parmi mes belles aventures littéraires, toutefois l’insatisfaction gagnait du terrain, grugeait ma patience et me poussait à aller voir ailleurs.

J’ai donc traversé onze rues, boulevards et chemins d’asphalte, affronté le pied de la montagne sous d’inquiétants nuages alourdis de tristesse, sans bonnet sur mes oreilles pour taire le souffle du vent, mes joues fouettées par l’automne, afin de tromper mon ennui. Et atterrir à la bibliothèque la plus près de chez moi.

2,5 km ou 30 minutes à trotter en compagnie de feuilles déchaînées, les yeux larmoyants pour causes météorologiques. Aucun roman requis pour brailler.

La conquête m’attendait.

Ma bibliothèque est toute de bois découpée. Elle étale la blancheur de ses rayonnages sous des écrits multilingues. Des vitraux la fardent d’éclats poétiques et dès l’entrée, elle me propose passions et divertissements. Je n’ai qu’à tendre une main audacieuse pour éprouver un nouveau béguin. Le livre est lourd, il annonce 100 ans d’explorations. Un inuit pose en couverture. Il porte aux mains d’immenses mitaines cousues de peaux, qui font deux fois la taille de sa tête. Le ciel est bleu, la neige cruellement blanche et lorsque j’ouvre au hasard le bouquin, je tombe sur un chapitre intitulé la femme aux semelles de vent. Je me cache dans un coin pour découvrir ces récits de voyages singuliers.

Au bout d’une dizaine de pages, je comprends que le flirt n’existera pas. Même si je crève de jalousie devant ces périples merveilleux. Je saisis deux auteurs québécois, une revue de décoration française et observe quelques titres prétentieux. J’ai un soupçon de remord. Je pense aux pages finales qui m’attendent à la maison. Je rebrousse chemin. Débordante de tendresse. Mes bottines se transforment en légères exploratrices. Mes allées et venues, d’un livre à l’autre sont faciles. L’auteur ignore que je le trompe. C’est un amour d’occasion.

Michèle Sénécal

Michèle Sénécal V2

Publicités
Cet article a été publié dans │ Portrait • Sénécal. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Complications sentimentales

  1. Ginette Beaulieu dit :

    Bon anniversaire ma belle chérie, j’adore tellement te lire, ces chroniques seront peut-être ta porte d’entrée qui sait ? On en reparlera mais pour le moment Bonne Fête et je t’aime fort ma belle Michèle
    Bisous Ginette

Les commentaires sont fermés.