Les bouquins

Aujourd’hui, c’était le grand ménage chez-moi.  De bon matin, café en main, je m’y suis attaqué.  Il faut dire que je revenais d’un assez long séjour au Mexique où je venais de terminer mon troisième roman, et l’appartement était passablement poussiéreux.  Après les fenêtres et les planchers et l’époussetage, j’en suis arrivé à mon bureau.  Mouais… ça prenait une bonne dose de courage, alors du coup, je me suis refais un autre café.  Après les papiers et le courrier, je me suis lancé dans les bouquins.  Ha! Ha! Les bouquins!  C’est que j’en ai un lot!  Je suis un fou furieux de l’imprimé!  J’adore ces pages bourrées d’espoir, de tristesse, de vociférations, d’apaisement.  Je les ai trimballés aux quatre coins du monde, ces bouquins, de New York à Rabat en passant par Hon Kong, c’est dire…  Alors, c’est forcé, quelques-uns se sont fait la malle.

Bref, me voilà devant les livres, revenus de Mexico cette fois.  Les essais d’un côté, de l’autre les romans.  Ici la poésie, là, exception, les livres sur la Chine, poésie, prose et essais confondus, ne me demandez pas pourquoi.  Enfin, les livres sur le Mexique.  Ha! Section Kerouac et le Mexique! Les clochards célestes, bien.  Mexico City Blues. Ouais. Et… merde!  Où donc se trouve Tristessa?  Et plus d’un café plus tard, tout les livres bien ordonnés et passés en revu, pas la moindre trace de Tristessa.  J’aime à penser que j’ai dû oublier ce bouquin dans une cantina, probablement La Cucaracha, à San Miguel de Allende.  C’est là qu’allaient écluser Neal et Jack.  Je sais, j’ai vu leurs spectres un soir de téquila.

Tristessa.  Folio.  À peine dix dollars.  Je pourrais bien me l’acheter à nouveau.  Et puis je cherche alors Burroughs, Queer et Junkie.  Pas moyen de mettre la main dessus.  Deux autres bouquins portés disparus!  Sapristi!  C’est l’hécatombe!  Et dire que je voulais écrire sur la beat generation et le Mexique.  Comme j’habite le Plateau, le lendemain je suis allé à la bibliothèque en face de la station de métro.  Shit!  C’était toujours aussi morne et exiguë que dans mon souvenir.  Alors je me suis interrogé.  Comment était-il possible qu’un quartier qu’on prétend être aussi artistique que le Plateau Mont-Royal puisse être dépourvu d’une bibliothèque digne de ce nom?  Après tout, une bibliothèque, c’est un endroit feutré, aéré, propice à la réflexion et au travail.  Dans cet endroit, c’est tout simplement impossible.  Bonne chance pour trouver un endroit, un coin de table, pour vos studieuses méditations!

Je me suis donc renseigné.  Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 75% des gens qui habitent le Plateau sont des locataires à faible revenu.  Inutile de dire qu’acheter des livres, ça passe alors après le loyer, la nourriture, etc.  Et c’est pourquoi je suis convaincu qu’il faut un nouvel espace dédié à la culture.  Certes, une nouvelle bibliothèque, mais aussi une maison de la culture qui puisse recevoir plus de gens et des productions plus ambitieuses.

La culture doit être accessible à tous.  Mais encore faut-il que l’on ait envie de s’y rendre.  Et dans les circonstances, la bibliothèque et la maison de la culture n’ont rien de bien séduisant. Qu’on me comprenne bien,  je ne suis pas contre les saillies de trottoir ou les bulbes de fleurs, mais l’un n’empêche pas l’autre.  Je suis donc heureux de donner mon appui, au projet de Plateau Arts et Culture, d’une solidité et d’une limpidité qui ne laisse pas de place au doute.  Ce projet est viable, enthousiasmant dans son ambition, et n’a d’autre but louable que celui de mettre la culture et les livres à la portée du citoyen.

Mario Vivier

Papa Mario 3

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