Blanc

Le blanc est arrivé. À la dérobée. Fondant et ruisselant en après-midi. Mais rusé. Travaillant avec adresse, sans encouragements de notre part, comme s’il attendait ce moment depuis des mois. Puis…

Au matin le décor était installé.

L’hiver, le taquin poudré de frimas, le caractériel givré, si instable. Un déséquilibré climatique. Parfois enchanteur sous ses airs de lutin de party, mais souvent malcommode avec ses blizzards aveuglants de froid. Faut se méfier de lui.

Là, hypocritement, il sort son grand jeu. Nos yeux clignotent d’admiration. Tant de pureté. Un beau spectacle. Surtout lorsqu’une porte de sortie, nous entraîne dans sa danse.

Aux coins des rues, des petites meringues montent en pic. Croquantes. Accompagnées de ouates, de mousses aux flocons et de glaces. Ça donne un air de pâtisserie à Montréal. On se colle le nez à la vitrine, contents de recevoir tout ce blanc vanillé en pleine figure, illuminés par les prémisses d’une nouvelle saison. Mais les trottoirs sont en sucre et grumeaux collants, mal battus. Le confiseur a raté sa recette. Il faut marcher en équilibre sur le crémage. Il y a des rires qui résonnent sous les pas, des corps qui se balancent maladroitement, des bottes qui boudent la situation thermique. Des gros mots qui sont lancés. Des tuques qui dodelinent du pompon, incrédules face à cette féérie de music-hall. Dansons, le sol est verni pour ça.

Tout est soudainement éclairé.

Surtout les yeux des enfants. Rêveurs.

Juste pour voir ça, je laisse mes pieds trébucher dans le premier banc de neige rencontré. J’enfouis ma tête dedans. Rêveuse.

Michèle Sénécal

Michèle Sénécal V2

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