Marcelle Ferron • épilogue

UNE FEMME COMME LIBERTÉ

En 1989 la cinéaste Monique Crouillère réalise un documentaire sur Marcelle Ferron. L’artiste peintre a 65 ans. Sans effort apparent, celle-ci se prête à l’exercice avec générosité et amusement. On l’entend et on la voit pleinement vivante. Y a d’la joie et de la révolte dans ce qu’elle évoque. Ses rêves de jeunesse. Son parcours. Ses expériences. Sa vie de femme, de mère et d’artiste. Ici et en France.

D’emblée, on perçoit rapidement que le jeu entre les deux partenaires – l’observée et l’observatrice – est teinté d’un respect mutuel. Ferron se laisse peindre par la caméra. Elle a confiance. Elle se livre sans pudeur. Sans fausse modestie. Elle nous emmène par les chemins que naguère elle a fréquentés. Instants fugaces mais combien émouvants. Sa mémoire est phénoménale et expressive. On la suivrait pendant des heures. Elle est d’un naturel taquin. Y a de l’enfant en elle. C’est clair. C’est beau. Elle prend parfois des poses. Mais toujours, elle paraît sincère. Ses grands rires sonores nous font du bien. On se sent si proche d’elle qu’on la croirait cousine revenue d’un grand voyage. On est heureux de la revoir.

Christian Dupuy

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Ferron Marcelle image du film

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Ferron, Marcelle (1989) – 51 m 16

http://www.onf.ca/film/ferron_marcelle

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Extrait du documentaire Ferron, Marcelle

à propos de la série « Les tableaux en long »

(Voir Marcelle Ferron et Marcelle Ferron • suite)

Monique Crouillère: Est-ce que le tableau une fois terminé vous renvoie une image qui peut parfois vous surprendre?

Marcelle Ferron: Bien oui, très souvent. Comme par exemple dans mes derniers tableaux très, très longs, il y a une image qui me déroute énormément et que j’appelle mes bonnes femmes qui sont en somme des autoportraits mais très loin… C’est très transcendant…

… Les éléments qui ont un rapport avec une réalité, un tableau disons, ça n’a rien de figuratif. Absolument pas. Et avant, toujours pour moi, c’était de l’ordre du paysage. Maintenant, je crois que c’est fini pour moi les paysages… Est-ce que c’est dû au format?…

 MC: C’est très difficile à filmer…

 MF: Oui, je sais… C’est difficile à peindre parce que tu es pris dans une logique absolument impitoyable.

… il y a une chose qui est apparue, assez récemment, c’est le rapport de la ligne et des masses.

… Et quand la ligne tient un tableau!!! Une ligne a énormément d’importance dans un tableau très allongé. Le tableau est presque la ligne et la ligne joue, elle demande, elle, d’être la préférée, la diva et après les masses sont au-dessus… C’est le poids des masses et de la force d’une ligne qui est l’élément le plus fragile…

Les éléments les plus fragiles, comme une tache perdue peut être toute la structure du tableau et tout le tableau est cohérent à partir de cette tache qui est petite mais qui tient le tableau.

C’est ça qui est excitant…

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Ferron Sans titre 1979

MARCELLE FERRON
Palais de justice de Granby, 1979
Verrière (verre et acier)
9 m x 21,95 m

Crédit photo: Dominic Marcil

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Marcelle-ferron-sans titre MBAM

MARCELLE FERRON
Sans titre, 1972
Verre coloré (PVC)
194 x 863 x 2,5 cm

Musée des beaux-arts de Montréal

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