Mouvement féministe cherche pertinence

En cette Journée internationale de la femme, je me permets de déroger de nos thèmes habituels qui touchent de façon spécifique la culture québécoise pour faire un bilan plus large sur le vouloir vivre-ensemble en proposant une réflexion bien personnelle sur l’état du mouvement féministe québécois à l’heure où il est beaucoup question du principe d’égalité entre les hommes et les femmes

D’entrée de jeu, jusqu’à tout récemment, je ne m’étais jamais sentie féministe puisque je ne me reconnaissais pas dans le discours et les causes portées par les leaders de ce mouvement en déshérence. Cependant, ces dernières années, la question des accommodements religieux et bien entendu, le débat sur la Charte des valeurs m’ont fait prendre conscience que je portais en moi un certain féminisme.

À titre de jeune femme issue de la génération Y, je n’ai pas connu et vécu d’injustice systémique. Je n’ai pas eu à me battre pour obtenir le droit de vote, non plus que pour accéder à un emploi ou une profession. La loi me reconnaît l’égale des hommes. Depuis une douzaine d’années, j’évolue dans le milieu politique, traditionnellement réservé aux hommes et je n’ai jamais senti de plafond de verre. Je sens que toutes les portes me sont ouvertes et que seul le talent nous porte ou nous freine. Bref, malgré les nombreux défauts de mon époque, je me trouve chanceuse.

Je suis opposée à toute forme de discrimination positive et aux quotas qui alimentent le sentiment d’infériorité. Je trouverais insultant de me faire offrir un poste simplement parce que je suis une femme. Cela signifierait que sans ce quota, on ne m’aurait sans doute pas offert l’emploi en question. À mon avis, l’égalité, la vraie, est celle qui ne tient compte que des critères d’excellence et de compétence sans égard au sexe ou à l’origine ethnique.

Dans notre société occidentale, je trouve que l’immense majorité des luttes que les femmes devaient mener ont été gagnées. Je suis reconnaissante envers ces féministes qui ont porté le flambeau pour permettre à ma génération et celles qui suivront de vivre dans une société où il fait bon être une femme. Par contre, je suis consciente que ces acquis sont fragiles et qu’il faut assurer un devoir de vigilance face à la multiplication des demandes faites au nom des principes religieux. La question des accommodements religieux, qui pour la grande majorité sont discriminatoires envers les femmes, a fait naître en moi un sentiment féministe qui s’est cristallisé avec le débat sur la Charte des valeurs. Je pense bien sûr au port du voile – du hijab à la burqa, – aux heures de baignades réservées exclusivement aux femmes et aux fenêtres givrées du YMCA.Voilà pourquoi je me reconnais dans le discours des Janette qui rappellent l’importance du devoir de vigilance face aux droits que les femmes ont gagné de hautes luttes.

Je vois une forme de mépris envers les luttes menées par les femmes des générations qui m’ont précédées devant le consentement aux demandes d’accommodements religieux faites au nom de l’ouverture à l’autre. Nous n’avons pas à accepter l’inacceptable pour ne pas déplaire. À ce sujet, je cite de mémoire les sages paroles de la députée de La Pinière, Fatima Houda-Pépin, lors de son passage remarqué sur le plateau de Tout le monde en parle : « Au moment de l’Apartheid, nous sommes allés aux Nations Unies pour dénoncer la ségrégation raciale et maintenant, au nom de la liberté religieuse, on accepterait la ségrégation sexuelle? » Voilà qui est dit.

Le mouvement féministe en crise

À mon avis, la parole féministe est actuellement confisquée par deux courants qui le minent et qui nuit à sa pertinence. D’abord, celui porté par la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Le mouvement féministe est en crise depuis plusieurs années et le débat sur la Charte des valeurs n’a fait que jeter un éclairage cru sur son dysfonctionnement. Pensons à l’implosion de la FFQ suite à la tentative de ses dirigeantes de museler certaines militantes qui s’étaient prononcées contre le port du voile, contrairement à la position officielle de l’organisation.

Nul besoin de préciser à quel point cette position en faveur du port du voile est hautement paradoxale de la part de ces leaders féministes. Dans les faits, au courant des dernières années, on a assisté à une mutation des revendications féministes au nom du multiculturalisme. Pour résumer : la lutte pour l’égalité des sexes a fait place à celle des minorités contre la majorité qui les opprimeraient. Ce renversement des préoccupations a fait naître un discours peu convaincant sur les conséquences de l’interdiction du port des signes religieux pour les femmes qui refuseraient de se soumettre aux règles prescrites par la Charte des valeurs. Ces militantes préfèrent encourager le port de signes de soumission manifestes plutôt que d’investir leur temps et leurs énergies à accompagner ces femmes immigrantes dans une démarche d’acceptation de leurs droits dans notre société libérale.

Ces féministes associées à la FFQ ne sont pas à un paradoxe près. Elles cautionnent sans mal des symboles et des comportements qui assujettissent les femmes aux hommes au nom de principes religieux tout en dénonçant avec véhémence la place des femmes à l’intérieur de l’Église catholique.

Voilà l’une des raisons qui explique pourquoi la FFQ s’est marginalisée au fil du temps pour ne devenir qu’un lobby ne représentant qu’une infime frange des femmes québécoises. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup connaître l’état du membrariat de l’organisation que j’imagine sans mal être en chute libre depuis belle lurette.

Un autre courant tout aussi néfaste pour l’avenir du mouvement féministe est dominant dans l’espace public. Il s’agit d’un discours victimaire qui présente les femmes comme ayant besoin d’une protection constante contre toutes les agressions engendrées par le système patriarcal dans lequel nous vivons et qui semble étranger au réel. Par exemple, elles dénoncent la discrimination systémique dans le monde du travail et en appelle à la parité homme-femme à l’Assemblée nationale. Quand on leur soumet que beaucoup de chemin a été parcouru depuis l’élection de Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue au Québec et que le chef de l’État québécois est une femme, elles rétorquent qu’il faut imposer une plus grande présence féminine.

Je pense aussi à certaines féministes qui dénoncent la «  culture du viol » qui banaliserait l’agression sexuelle et même, l’encouragerait. Cette idée que notre société avalise le viol est proprement révoltante. Nul besoin de rappeler que nous vivons dans une société où heureusement, toutes formes d’agressions sexuelles sont fortement dénoncées et sévèrement punies. D’ailleurs, tant  à la maison qu’à l’école, on apprend très tôt aux enfants à reconnaître les bons des mauvais gestes d’affection. Parfois même jusqu’à l’excès comme en témoigne cette triste histoire d’un commerçant accusé à tort de pédophilie rapportée par l’excellent Pierre Foglia dans La Presse des dernières semaines.

Retrouver sa pertinence

Quoi faire pour que le mouvement féministe retrouve sa pertinence?  D’abord, prendre acte des combats qui ont été menés avec succès au courant du dernier siècle pour être capable de s’attaquer à des causes urgentes qui touchent les femmes immigrantes.

Les femmes québécoises qui, comme moi, jouissent de toutes les libertés qu’offre la société occidentale libérale ont le devoir de s’assurer que toutes les femmes qui composent notre société puissent exercer ces mêmes droits. « L’affaire Shafia » nous a montré que des femmes vivant au Québec sont maltraitées et tenues dans l’isolement sans que nous puissions intervenir. Nous avons le devoir de s’assurer que les femmes issues de communautés où les droits des femmes ne sont pas aussi avancés que les nôtres jouissent d’un environnement tout aussi sécuritaire que le nôtre et où la violence et l’intimidation ne sont pas tolérées. Cette pédagogie des droits des femmes auprès des communautés immigrantes devrait être une priorité pour les militantes féministes pour faire œuvre utile et ainsi retrouver sa pertinence.

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy photo site PAC

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8 commentaires pour Mouvement féministe cherche pertinence

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  2. Colette Gladu dit :

    Merci agoranov2013

  3. Nancy Letendre dit :

    Les féministes refusent également de reconnaitre la maternité comme un aspect de la féminité, de la vie, et des choix d’une femme. Leur lutte devrait également favoriser les mères de famille et non nier cette réalité qu’une femme c’est aussi souvent une mère et cesser de voir la maternité comme un fardeau et une punition qui rabaisse la femme. Voila ce qui rend le mouvement féministe un peu ridicule selon moi. Sérieusement quand a-t-on vue la FFQ militer pour les maisons de naissances, pour les allocations familiale, pour des avantages pour les femmes au foyer? Après tout si une femme décide d’être au foyer c’est aussi possiblement son choix, pourquoi ne pas aider ceux qui font ce choix tout en leur permettant l’égalité des chances sur le marché du travail?

  4. Mathieu L Bouchard dit :

    manque un mot après « au courant des dernières ».

  5. Colette Gladu dit :

    Oupsi… ?! éclairer ma lanterne sur ceci ! svp ?!?
    Quand des féministes encouragent-elles la « culture du viol » et la banaliserait !? … et même l’encouragerait ?? …contradiction ?! …

    … Je pense aussi à certaines féministes qui dénoncent la « culture du viol » qui banaliserait l’agression sexuelle et même, l’encouragerait. Cette idée que notre société avalise le viol est proprement révoltante. Nul besoin de rappeler que nous vivons dans une société où heureusement, toutes formes d’agressions sexuelles sont fortement dénoncées et sévèrement punies. D’ailleurs, tant à la maison qu’à l’école, on apprend très tôt aux enfants à reconnaître les bons des mauvais gestes d’affection. Parfois même jusqu’à l’excès comme en témoigne cette triste histoire d’un commerçant accusé à tort de pédophilie rapportée par l’excellent Pierre Foglia dans La Presse des dernières semaines.  » …

    • Hakim Benzakour dit :

      c’est la «culture du viol» qui banalise l’agression sexuelle et donc l’encouragerait indirectement, pas les féministes…

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